L’AUTISME ET LES DIFFICULTES DANS LES RELATIONS AMOUREUSES ET SEXUELLES

L’autisme, aussi connu sous le nom de Trouble du Spectre de l’Autisme (TSA), est une différence neurodéveloppementale qui impacte la communication, les interactions sociales et les comportements. Ces spécificités peuvent engendrer des défis particuliers dans le domaine des relations amoureuses et sexuelles.

 

Les Défis de la Communication et des Interactions Sociales

L’une des principales caractéristiques de l’autisme est une manière différente de comprendre et d’interagir avec autrui. Dans le cadre des relations amoureuses, cela peut poser plusieurs difficultés :

  • Difficulté à identifier les signaux sociaux et émotionnels
    • Les personnes autistes peuvent avoir du mal à repérer les signes d’intérêt romantique ou sexuel (regards insistants, langage corporel, sous-entendus).
    • Elles peuvent également avoir du mal à exprimer leur propre attirance de manière socialement attendue.
  • Problèmes dans l’interprétation du langage implicite
    • L’humour, l’ironie, le sarcasme ou les doubles sens peuvent être difficiles à comprendre, ce qui peut causer des malentendus. Il est important pour la personne neurotypique de bien comprendre la nécessité d’avoir un langage aussi clair que possible afin d’éviter toute erreur d’interprétation de la part de la personne autiste.
    • La communication non verbale (expressions faciales, gestes subtils) est parfois peu intuitive.
  • Difficultés à initier ou à maintenir une conversation sur des sujets émotionnels
    • Parler d’émotions ou de sentiments peut être compliqué, car certaines personnes autistes ont un accès restreint à la perception de leurs propres émotions (alexithymie).
    • Cela peut aussi donner l’impression qu’elles sont distantes ou désintéressées, alors qu’elles ressentent des émotions profondes

Les Défis dans l’Attachement et la Gestion des Relations

L’amour et l’attachement peuvent être vécus différemment chez les personnes autistes, ce qui peut poser des difficultés dans les relations amoureuses :

  • Attachement intense ou évitement relationnel
    • Certaines personnes autistes peuvent développer des attachements très forts et exclusifs, parfois perçus comme envahissants.

Sur ce point, je reconnais parfaitement le comportement de Thys, toujours prête à envahir mon espace vital, car pour elle, c’est surtout un besoin vital d’être au plus proche de moi

    • D’autres, au contraire, peuvent éviter les relations amoureuses par peur de l’incompréhension ou des attentes sociales difficiles à gérer.
  • Difficulté à comprendre et gérer les attentes du partenaire
    • Les compromis et les ajustements sont des éléments essentiels d’une relation, mais peuvent être difficiles pour une personne autiste, notamment si elle a des routines rigides ou une manière spécifique d’organiser son quotidien.
    • Certaines personnes autistes peuvent être perçues comme trop directes ou honnêtes, ce qui peut blesser involontairement.
  • Besoin de solitude ou d’espace personnel
    • Certaines personnes autistes ont besoin de temps seul pour se ressourcer après des interactions sociales intenses, ce qui peut être mal interprété par un partenaire neurotypique comme un manque d’affection.

Là, c’est moi que je reconnais, avoir mes moments de solitude plusieurs fois dans la journée est un besoin vital. Nous sommes tous les deux autistes et très différents l’un de l’autre.

Les Défis dans la Sexualité

La sexualité est une expérience sensorielle, émotionnelle et sociale qui peut être vécue différemment par les personnes autistes :

  • Hypersensibilité ou hyposensibilité sensorielle
    • Certaines personnes autistes ressentent une hypersensibilité aux touchers, aux textures ou aux odeurs, ce qui peut rendre les contacts physiques inconfortables voire douloureux.
    • D’autres ont une hyposensibilité et peuvent rechercher des stimulations intenses, ce qui peut ne pas correspondre aux attentes du partenaire.
  • Difficulté à exprimer ses désirs et à comprendre ceux du partenaire
    • La communication sur la sexualité peut être difficile, car elle implique des notions implicites et une certaine spontanéité.
    • Certaines personnes autistes peuvent avoir besoin d’explications claires et structurées, ce qui peut surprendre un partenaire non autiste.
  • Rigidité ou intérêt spécifique pour certains aspects de la sexualité
    • Certaines personnes autistes développent des intérêts très spécifiques autour de la sexualité, ce qui peut influencer leurs attentes et leurs pratiques.
    • D’autres peuvent percevoir la sexualité comme une tâche sociale complexe et stressante, ce qui peut limiter leur engagement dans cette dimension.
  • La question du consentement et de la compréhension des normes sociales
    • Les personnes autistes peuvent parfois avoir du mal à interpréter les signaux de consentement non verbaux et peuvent avoir besoin d’un échange verbal explicite.

Entre Thys et moi, le consentement à fait l’objet de longues discussions afin de connaître les désirs de chacun.

    • Cela peut nécessiter une éducation adaptée sur la notion de consentement et des dynamiques relationnelles.

 

Le Poids des Stéréotypes et des Attentes Sociales

Les personnes autistes font souvent face à des stéréotypes qui peuvent impacter leur vie amoureuse et sexuelle :

  • Idée fausse selon laquelle les personnes autistes ne seraient pas intéressées par l’amour ou la sexualité
    • En réalité, les personnes autistes ont les mêmes désirs et besoins affectifs que les neurotypiques, mais peuvent les exprimer différemment.
  • Difficulté à trouver un partenaire compréhensif
    • Certaines personnes autistes peuvent être perçues comme « trop différentes » ou « difficiles à comprendre », ce qui peut limiter leurs opportunités de rencontres.

J’ai toujours eu de grosses difficultés à gérer les relations en raison d’un discours trop direct ce qui a fait capoter bon nombre de tentatives. Cela s’est réglé avec l’arrivée de Thys car nous avions les mêmes règles de communication, mais surtout les mêmes besoins et désirs.

    • L’usage des applications de rencontres peut être compliqué si elles privilégient des interactions superficielles et rapides en sachant qu’elles représentent un danger non négligeable pour des personnes ne pouvant pas lire l’implicite.
  • Le manque d’éducation affective et sexuelle adaptée
    • Les cours d’éducation sexuelle classiques ne prennent souvent pas en compte les spécificités autistiques, ce qui peut entraîner des lacunes dans la compréhension des dynamiques relationnelles.
    • Cela peut aussi exposer les personnes autistes à des risques accrus d’abus ou de manipulation.

Thys en a hélas fait la cruelle expérience et de nombreuses fois.

 

Stratégies et Solutions

Bien que les défis existent, il est possible d’adapter les relations amoureuses et sexuelles pour les rendre plus épanouissantes :

  • Apprendre à décoder les signaux sociaux et émotionnels
    • Des formations en habiletés sociales ou un accompagnement par un professionnel peuvent aider à mieux comprendre les attentes relationnelles.
    • Il peut être utile d’établir des règles claires avec le partenaire sur la communication des émotions.

Quand nous avons décidé de nous mettre en ensemble, nous avons mis en place un contrat de vie de couple. Nous y avons mis les routines de chacun, et pour ce qui est de la sexualité, une liste de différentes pratiques qui nous sont passées par la tête dans un tableau avec trois colonnes : J’aime, je veux bien essayer, je déteste. Cela nous a permis de ne pas faire à l’autre des choses inappropriées. Ce document ne doit pas être figé. Il doit évoluer en même temps que la relation et donc être mis à jour aussi souvent que possible.

Dans ce contrat, nous avons défini un mot de sécurité : LUCIFER. Si pour n’importe quelle raison, Thys ne se sent pas bien lors d’un rapport, il lui suffit de prononcer ce mot pour que tout s’arrête et que l’on passe automatiquement en mode réconfort afin de la remettre dans un environnement apaisant. Après vient le dialogue pour savoir l’origine du problème été trouver une solution si cela est nécessaire.

  • Adapter la communication
    • Les discussions ouvertes et explicites sur les besoins et attentes de chacun permettent d’éviter les malentendus.

Thys a beaucoup de mal à dire les choses de façon orale. Elle plus à l’aise avec l’écrit. J’ai donc instauré un journal intime qu’elle remplit tous les soirs. Je le lis et j’ajoute la date du lendemain, cela lui permet de savoir si j’ai lu ses textes. Ce journal est très important pour moi car il me permet de savoir dans quel état émotionnel se trouve Thys.

Mais pour que cela fonctionne, il faut que le partenaire comprenne la nécessité de ne jamais prendre personnellement ce que sa partenaire à mis dans le journal et il est évident que ces écrits ne doivent absolument pas être utilisés pour d’éventuels conflits ou règlements de compte.

    • Le partenaire doit être compréhensif et patient face à un mode de communication plus direct.
  • Prendre en compte les particularités sensorielles
    • Il est important de respecter les besoins sensoriels de la personne autiste en matière d’intimité et de contact physique.
    • Des ajustements (type de toucher, environnement apaisant) peuvent rendre les expériences plus agréables.
  • Favoriser un environnement de confiance et de respect mutuel
  • Un cadre relationnel stable, avec des règles explicites et des attentes claires, peut aider à réduire le stress.
  • Il est essentiel que le partenaire soit à l’écoute et ouvert à la neurodiversité.
  • S’informer et sensibiliser
  • De plus en plus de ressources existent sur les relations et la sexualité des personnes autistes. Consulter des témoignages, des livres ou des experts permet de mieux comprendre ces spécificités.

 

Conclusion

Les relations amoureuses et sexuelles des personnes autistes sont souvent parsemées de défis, mais elles ne sont pas impossibles. Avec une bonne communication, un respect des particularités de chacun et une sensibilisation accrue, il est tout à fait possible pour une personne autiste d’avoir une vie amoureuse et intime épanouissante. L’important est d’adopter une approche bienveillante, adaptée aux besoins spécifiques de chaque individu.

Nous vivons ensemble depuis 19 ans, nous sommes autistes tous les deux et nous n’avons jamais été aussi heureux. Notre relation repose sur la bienveillance, l’empathie et l’écoute. Elle respecte les besoins de chacun. Elle nous permet d’être nous-même dans un environnement adapté et sécurisé.

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